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* Saint-Gap, on n'aime ou on n'aime pas !
* Saint-Gap, entre réalité et images d'épinal
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Singapour, de son diminutif « Saint-Gap » pour les plus rêveurs ou les plus narquois. 620 km² et près de 3 millions d'âmes, soit 890 fois plus petit que la France et 20 fois moins peuplé que celle-ci. Une petite île, une petite population, mais une concentration de clichés et de caricatures.
Pour ma part, Singapour est venue après la Birmanie, mon pays coup de coeur de la région. Il a fallu me réadapter à la vie moderne, aux téléphones portables, aux distributeurs, au métro, aux centres commerciaux sans fin et à la société de consommation.
Singapour, c'est bien quand on aime la propreté, l'ordre, l'organisation, quand on a des enfants en bas âge et qu'on déteste l'imprévu ! Pour nous qui sommes un couple sans enfants, qui adorons faire des sorties les week-ends, qui apprécions la spontanéité et les gens souriants, eh bien, Saint-Gap, ce ne fut pas notre tasse thé.
Mais je suis une bien mauvaise langue, car je connais des gens qui ont aimé Singapour. Il est vrai que nous avons été contents de quitter Singapour pour Bangkok, mais avec du recul, j'apprécie l'endroit lorsque nous avons l'occasion d'y retourner. La végétation est luxuriante, la vie confortable, la sécurité assurée, les rues sont propres et fleuries, les formalités administratives exécutées en un claquement de doigt et les magasins bien achalandés. Bon, c'est vrai que les sites à visiter ne sont pas légion et qu'ils manquent de profondeur et d'authenticité historiques, mais la qualité de leur mise en valeur est au rendez-vous : l'excellent Musée de la Civilisation Asiatique, les quartiers colorés de Little India, d'Arab Street et de Chinatown, les anciennes maisons chinoises reconverties en resto et bars à Clarke Quay et Boat Quay, l'agréable jardin botanique, l'intéressant zoo et son safari de nuit, le quartier colonial et l'île artificielle de Sentosa.
Voici le portrait-robot de Singapour que je me suis amusée à faire :
Saint-Gap, la Mecque du shopping avec ses immenses centres commerciaux
Le shopping est LE sport national. Le week-end, la quasi totalité de la population de Saint-Gap se retrouve dans les labyrinthes de Ngee Ann City, Wisma Atria, Raffles City, Bugis, Marina Square, autant de noms aux consonances bizarres et inconnues pour les néophytes mais si réputés chez les Saint-Gapiens. Un samedi sur Orchard road, l'équivalent de nos Champs Elysées, mais en deux fois plus long, vous donne le tournis. Les soldes, c'est tout au long de l'année et les Saint-Gapiens sont champions dès lors qu'il s'agit de dégainer sa carte bleue.
Saint-Gap ou la culture de l'argent et de l'apparence
La respectabilité d'un Saint-Gapien se mesure au niveau de son poste, à son salaire, à la marque de sa voiture et à la propreté de celle-ci (leur bonne la lave tous les jours vers 6h30-7h du matin). Une recette infaillible pour séduire une singapourienne : il faut posséder les 5 C (carte de crédit, cash, condominium, carat et car). Amateurs de jeunes femmes intéressées et dépourvues de scrupules, à vos armes !
Saint-Gap ou l'esclavage des temps modernes
Il est courant à Singapour de faire appel à des aides ménagères étrangères ou à de la main d'oeuvre pakistanaise sur les chantiers. La plupart des aides sont philippinos ou indonésiennes, les 1ères maîtrisant mieux l'anglais. Mais c'est un peu le loto pour ces jeunes femmes qui arrivent à Singapour sans leur famille. Chanceuses sont celles qui tombent sur une famille qui les traitent avec respect et gentillesse. Malheureuses deviennent celles qui se font exploiter de 6h du matin à minuit passé, sans avoir de jour de congé, sans pouvoir sortir de la journée de l'enceinte de la maison, sans avoir le droit de rentrer dans leur pays pour visiter la famille ni la possibilité d'écrire à celle-ci, sans pouvoir manger à leur fin ni être soignées convenablement. Et si jamais elles tombent enceintes, l'employeur paie une amende et c'est retour au pays pour la jeune femme ! Quant à la main d'oeuvre sur les chantiers, elle se compose exclusivement d'hommes pakistanais, venus aussi seuls et transportés tous les matins, comme du bétail, vers leur lieu de travail.
Saint-Gap jongle entre un nationalisme à outrance et une américanisation exemplaire
Pour un singapourien, rien ne vaut Singapour et tous les pays voisins sont sales et dangeureux. Et que font ceux qui osent voyager à l'étranger ? ... du shopping ! A l'école, tous les matins, les jeunes subissent un long discours sur la puissance du pays, suivi de l'hymne national et de petites marches qui rappellent le changement de la garde royale au Palais de Buckingham.
A Singapour, le nationalisme va de pair avec une américanisation certaine, visible à tous les coins de rue. J'ai été surprise de voir tant de personnes âgées, d'adultes et d'enfants converser en anglais avec un accent bizarre, trainant et ridicule, alors qu'ils sont asiatiques !
Saint-Gap, entre Etat policier et paranoïa
A Singapour, tout est soi-disant fait pour assurer la sécurité de ses habitants. Cependant, il est interdit de critiquer ouvertement le régime. D'ailleurs, très peu de singapouriens osent parler de politique dans la rue. Le gouvernement va même jusqu'à inciter la population à dénoncer le comportement de tout individu suspect en mettant sur les bus et les taxis un numéro de téléphone que tout singapourien peut composer et se transformer ainsi en citoyen exemplaire. Et bien entendu, les fiestas nocturnes un peu trop bruyantes chez soi se soldent bien souvent par l'arrivée de la police qui vous rappelle les règles de bonne conduite. C'est arrivé à mon ex-chef !
Saint-Gap et ses « food courts » (cantines publiques)
Les foods courts, regroupement de stands de restauration rapide, proposent une multitude de plats asiatiques et parfois occidentaux : soupes de nouilles, soupes d'organes de porc, poulet cuisiné façon Hainan, porc rôti, canard laqué, curry et rôti indiens, sauté de porc au gingembre etc ... Rapidité, propreté et prix défiant toute concurrence sont les maître mots de ces lieux populaires. En 15-20 mins, et pour seulement 2 euros (4 maximum), vous êtes rassasiés.